- Alicia ?
- Ah désolée Amy, je vais sortir un peu, je crois que j'ai... attrapé froid.
- Rien n'est plus froid qu'un c½ur qui n'est pas... irradié, enchaina Simon qui venait de les rejoindre dans l'eau calme et plate du soir. Peut-être serait-il temps de penser à... l'approvisionner.
- Oui, Simon a raison, quand on a faim, il faut manger, approuva naïvement Amy.
- Merci du conseil, acheva Alicia de plus en plus gênée, car elle percevait très bien la double polyphonie qu'exerçaient les paroles de Simon.
Oui, elle ne se l'était pas de suite avouer, mais Alicia, depuis le premier jour où elle l'avait rencontré, avait peur de Simon, lui qui semblait connaitre sans limite les perturbations de flux contradictoires et de réactions paradoxales comme si... comme si ce garçon pouvait posséder deux côtés, deux faces, deux... natures différentes !
- L'araignée !!!!! Où est l'araignée ? cria soudainement Karen alors qu'Alicia la rejoignait sous la terrasse de toile.
- Chuuuuut, mima Simon un index sur les lèvres, nous rejoignant de même, laissant Amy et Charles se chamaillaient puérilement dans l'eau d'une température bien inférieure à ce qu'il en était quelques heures plus tôt. Elle est là, elle se déplace vite... si vite que...
Il se retourna légèrement dans ma direction et posa ses yeux dans les miens comme s'il cherchait à créer une tension complice.
-... vous n'aurez pas le temps de vous apercevoir qu'elle se s'est glissée sous vos cheveux avant qu'elle ne décide de vous dévorer !
Karen poussa un hurlement qui ne parut aux oreilles des autres qu'un croassement partagé entre le rire et l'envie de crier. Alicia, elle, ne put s'empêcher de poser les yeux sur la petite bête qui a présent se permettait de commencer le repas sans nous, pauvre petite mouche qui se débattait dans une des toiles filées, piège macabre et ô combien dangereux.
- La nature est bien faite, n'est-ce pas ? Continua Simon. Ce petit être qui sait que la mort est là, tout proche, et pourtant malgré l'inéluctable, il s'active à se dépêtrer comme s'il avait encore une once d'espoir... et le prédateur, attendant que sa proie se fatigue. Si tu regardes bien, tu pourrais même la voir bailler, s'impatientant de cette vaine résistance.
Alicia sentit son c½ur se serrer dans sa poitrine mais ne dit pourtant rien. Karen et Idilly s'étaient déjà désintéressées de nous, seule Eleanor gardait les yeux rivés sur ce combat vital mais elle semblait déjà loin dans les abysses d'une réflexion qu'elle seule pouvait comprendre, malgré ce léger sourire flottant sur le bout de ses lèvres.
- Je me demande si les animaux possèdent véritablement une conscience...
-... alors l'araignée serait la plus à plaindre, acheva Alicia dans un souffle. Le prédateur se retrouve toujours seul, rejeté par les autres, considéré comme le « méchant » de l'histoire. La vie nous apprend à être le plus fort pour survivre, et pourtant... je n'aimerais pas me retrouver dans sa situation. Pauvre petite chose qui choisit sa proie dans l'ombre, toujours prête à sortir les griffes mais pas assez forte pour renoncer à son besoin nutritionnel, soumise à ses pulsions meurtrières et sanglante ! Rien ne doit être plus terrible que la conscience de ne pouvoir faire ce que l'on veut sans être contrôler par quelque chose...
-... même si ce quelque chose est vitale ?
Alicia jeta un coup d'½il en biai au jeune homme qui ne rigolait plus cette fois-ci.
- Oui... bien sûr l'araignée, elle, n'est pas en mesure de le comprendre... mais pour des créatures beaucoup plus intelligentes, beaucoup plus dangereuses, beaucoup plus conscientes...
- On parle de moi ? Intervint Charles qui s'était enfin décidé à sortir de la piscine. Enfin je dis ça parce que le mot « intelligent » me va comme un gant !
- Par contre, je ne te vois pas du tout comme une créature dangereuse, le railla Eleanor, tout comme à son habitude. À la rigueur tu pourrais faire un bon poulpe...
